Emmaüs Nieppe 1 Juillet 2017 « Verbier la piscine» Août 1961

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Le personnage principal campé de pied, en maillot de bain une pièce aux motifs marins présente un joli sourire serein au bord d’une piscine en pleine montagne. La verticalité, le regard centré du photographe, impliquent une position de rupture en se mettant au niveau de son modèle. Ainsi, le photographe nous délivre une complicité intime sans artifice. C’est probablement le même photographe que celui de la scène au papillon. Le genou droit de la jeune fille légèrement plié vers le photographe donne l’impact de l’action. La découpe de l’ombre sur le sol laisse apparaître quelques taches de lumières. Celles-ci accentuent le léger mouvement du corps. L’ombre nous affirme que la lumière solaire est à la droite du photographe et c’est probablement la fin de l’après midi. Nous sommes dans les Alpes, un toboggan, une piscine, quelques personnes allongés recouvertes d’un bob se reposent un peu plus loin.

C’est une photographie qui ne laisse pas indifférente. La présence au premier plan de la jeune fille prenant presque les deux-tiers de l’image en verticale m’a fait penser à une peinture de Lucas Cranach « les trois grâces ». N’est il pas singulier d’avoir une grâce photographique devant nos yeux ? 

Ce photographe aime la précision du détail, il connaît son support et sait ce qu’il peut en obtenir, rien n’est laissé au hasard. La composition est simple, rigoureuse. La montagne se situe en dernier plan ; La descente du toboggan va reprendre la légère inclinaison de la montagne mais d’une façon plus abrupte, toutes les deux seront finalement stoppés par le bord blanc du papier photographique. Cette horizontalité descendante est compensée par la verticalité du sujet principal. Rien ne perturbe la lecture sensorielle de l’image.

La femme assise sur le sol, sa main gauche posée sur son genou replié vers elle, vient par sa simple présence nous indiquer un moment de détente estivale. Le jeune garçon au troisième plan sur la droite grimpe sur l’échelle du toboggan. Au deuxième plan c’est la tête d’un baigneur dans la piscine qui regarde à l’exact opposé de la jeune fille. À chaque fois, ce sont des minis scènes qui se déroulent devant nos yeux.

Ce qui est frappant, c’est le sourire complice du sujet. D’habitude sur une photo, nous avons droit à un regard comme imposé par la circonstance, pas ici, rien de tout cela, pas de démonstration. La jeune fille regarde probablement sa mère ou une tante, sa tête est tournée d’un tiers à droite, son sourire contenu se confond par sa présence au monde avec celui de la Joconde. Ce moment de vie contemporain, à la montagne, sans les grottes du maître italien est à l’inverse de son sfumato un paysage photographique n’abolissant pas les contours et néanmoins, une légère brume estival se dessine sur les flans des coteaux. Une grâce moderne se dégage dans cette scène de fin de journée, un moment d’éternité plaisant à parcourir et que le photographe nous fait partager.

Seul le visage de la jeune fille se trouve sur une surface neutre : le ciel dégagé avec un léger nuage sur sa droite semble sortir de nulle part. Une femme assise, son dos appuyé contre un lampadaire, vêtue d’un bikini avec un bob et des lunettes solaires prend une pose lascive perdue dans ses pensées.

Je parcours ce temps de vie sur la toile electronique en un clin d’œil ; que vois t’on ? Verbier grand festival de musique classique, piscine en plein air chauffée et pistes skiables, voilà qui pose le décor d’une station ou tout est réservé pour la détente hors du stress quotidien de la capitale. « La montagne magique » La Suisse apporte toute les possibilités pour réaliser l’idéal du « sans souci ». Cela ferait le slogan idéal des années soixante. l’époque des trente glorieuses quand tout était possible. 

Dans ce temps de l’histoire et de l’image, il y a une complicité entre le modèle et celui qui regarde. La pose innocente, candide contraste avec un lieu réservé aux loisirs alors que nous sommes en pleine montagne dédiée à la vie pastorale. La piscine a remplacé les chemins pastoraux, la montagne devient celle des touristes, nous sommes bien entrés dans les métamorphoses du vingtième siècle.