Flandres001.jpg
flandres002.jpg
flandres003.jpg
flandres004.jpg
flandres005.jpg
flandres007.jpg
flandres008.jpg
flandres010.jpg
flandres012.jpg
flandres013.jpg
flandres015.jpg
flandres017.jpg
flandres018.jpg
   Projet Frontière, 300 ans traité d'Utrecht / Printemps Eté 2013 Résidence La Flandre         « Je structure ma recherche photographique autour de la notion d’intérieur/extérieur, en tant que frontière / limite entre deux zones : urbaines, villageoises, frontalières, y intégrant l’identité d’un espace de vie et d’échanges. Pour moi, La photographie trace, du fait même de sa matière, une démarcation ; démontre que ce qu’elle représente est un instantané mais aussi un palimpseste."   Le territoire : espace transformé par la main de l’homme s’inscrit notamment en géographie, par le biais de cartes et de maps. Mais cet espace peut être de taille diverse et représente avant toute chose un endroit où l’homme appose son empreinte, bien avant d’y imposer sa nationalité, d’y définir un pays ou d’y faire flotter un drapeau. Le territoire apporte évidemment une illustration/intégration à un peuple, un village, une maison, une famille : la photographie cible un lieu de vie et devient par elle-même un territoire à part entière. J’appréhende cette notion de territoire dans le sens d’une identité culturelle, cultuelle, familiale ou sociale. Le terme de territoire implique en conséquence frontière ou limite, un fil invisible qui marque un interdit, un seuil à ne pas franchir ou a ne pas dépasser. En donnant aux images un mouvement, une dimension humaine, l’image du territoire développe l’idée d’un agencement humain mais amorce aussi le dévoilement des endroits oubliés par les hommes ; la politique, le social, le culturel et le cultuel ajoutent au terroir leurs prises de pouvoir et de positionnement. Il faut sortir de l’idée même du territoire et de la frontière pour aborder la mobilité, le dépassement et l’échange.  La frontière, no man’s land, lieu inexploré, interdit, sans main humaine ou sans vie ; lieu de garde-frontière ; passage. La fenêtre, la porte, un panneau ou un grillage démarquent ces trouées dans la contrée, ces bornes entre extérieur et intérieur. Ici, le territoire est communal ou familial plutôt que de pays différents. J’ai axé ma recherche sur un domaine intime, plus populaire. Franchir une limite, la dépasser, aller vers l’autre équivaut donc à transcender ses propres limites, ses propres interdits   Point de départ de cette résidence dans les Flandres, la ville de Bourbourg avec monsieur Edmond de Coussemaker, homme de loi proche de Liszt, Chopin, Lamennais, qui, au 19 ème siècle, a rassemblé les langues parlées du terroir lors de l'interdiction par la république du Flamand dans les campagnes ; musicologue et passionné de musique populaire, il a créé des ponts entre la Flandre et la France. Il s'installe à Bourbourg dans une maison au bord de l'Aa. Un parc classé au patrimoine historique. Une Maison telle un petit Trianon et qui maintenant est en friches. C’est le premier regard que j'ai porté sur les 300 ans de la frontière. Frontière de territoires opposés, inconnus, frontière de langues qui viennent séparer et réunir les hommes. 300 ans passés n'ont d'ailleurs pas complètement effacé ce qui est inscrit dans les racines de ces pays. Allant de Rubrouck par Bourbourg, Bergues, Bollezeele, Wormout ou encore Hondschoote, nous sommes bien en France mais l'impression que le vécu profond des habitants relève plus de la Flandre me semble évident. Le parler flamand est présent partout.    Les grandes villes ont d'abord été converties à la langue française avant que les villages ne soient touchés eux mêmes. Ce qui explique que l'on retrouve des similitudes et des coutumes réciproques entre ces régions limitrophes. L'accent du terroir est plus profondément posé sur cette langue flamande que sur l'accent dit du Nord de la France : le chti. J'ai découvert ce paysage de Flandre très particulier, des maisons en briques jaune, teinte venue de la couleur de la terre ; le paysage est plus lumineux, il y a plus de sable dans la terre et cela donne cette nuance sableuse et claire.    Vers Beauworde   Le temps qui passe n'a pas déraciné l'âme de ce territoire ; les fenêtres dans les villages marquent une limite entre le monde extérieur et intérieur, comme partout ailleurs, mais ici, dans ce terroir retiré, les fenêtres deviennent un passage, elles sont pour moi un repère qui permet d’explorer une densité, une concentration. Les rideaux tanguent lentement sur la vitre, s’entrouvrent ; un volet qui claque, une fenêtre murée, une fenêtre fermée, autant d’âmes qui murmurent et se souviennent.  La fenêtre de Patricia Rubrouck vue de la médiathèque  L'intérieur d'une maison, le grenier du musée Jeanne Devos à Wormhout, une statue de la vierge dans une graineterie à Bourbourg, voilà mes pistes d’ancrage sur ce parcours de Flandre et au sein de ce paysage : Rubens ou Corot, paysage des corps, des visages, jardins ou étendues vertes d’herbes et de fleurs .    Musée J.Devos Musée J. Devos    En explorant le patrimoine religieux, je remarque des strates de mémoires, des marques plus profondes qui s’axent autour du passage de la réforme à la contre-réforme. Luther est excommunié en 1521. Dans les Flandres, ce sont des Calvinistes qui luttent. Le pape met en place la Contre Reforme et donne puissance aux capucins et aux jésuites. Les gueux « protestants » essaient de s’imposer contre cette puissance catholique ; ils se battent, se révoltent, tuent aussi pour avoir le droit d’être libres dans leur manière d’exister.    La chaire de Rubrouck    À Englos, l'église Sainte Marie Madeleine possède une grande fresque du chœur et celle-ci a été à été marquée, taguée par des gueux. Dans les campagnes, les actes ont été beaucoup plus violents. Les gueux sont principalement iconoclastes et dynamisent indirectement la contre-réforme qui va s’imposer. Un temple protestant est érigé en 1567 à Hondschoote. Les prêches des champs (prêches des haies) impulsés par le protestantisme disparaissent. Dernier bastion soutenu par le comte d’Egmond. Tout le territoire de la Flandre est reconquis par le général espagnol Farnèse en 1580, appuyé par la contre réforme. Le Jubé dans les églises est supprimé pour que le clergé soit plus proche du peuple et la chaire est implantée dans la nef. On introduit aussi le missel, le bréviaire, la Piéta. Voici un territoire qui, malgré sa platitude géographique, contient en lui un potentiel de relief et de ténacité, de cette matière issue de ses origines et qui l’anime depuis des siècles. Tout semble silencieux mais tout est là, dissimulé peut être derrière ce temps du regard ; tout peut basculer à un moment donné ; c’est ainsi, comme s’il ne se passait rien mais il y a des mouvements de fonds ; on parle plus la langue du pays ; c’est un pays riche culturellement qui cherche à vivre de manière plus forte.    Vers Roesebrugges   Les paysages m’apparaissent ici comme ceux que peignait Corot au 19 ème siècle. Le vent vient agiter les trembles, ces mouvements évoquent la transparence du temps. Les grandes étendues des champs ont remplacé les haies, (il n’y a plus de haies ; elles ont été supprimées par la culture intensive) tout est en affinité avec l'univers pictural de Corot.   Eperlesques    Dans certaines églises, nous trouvons quelques merveilles picturales. Je pense à Rubrouck : un triptyque sur les disciples à Emmaüs en plein contre-jour à cause des vitraux en verre transparent. Il est impossible de le regarder si ce n'est en masquant la lumière perturbatrice. Flandres, lieu de rencontre qui commence au haut moyen âge avec le mariage du duc de Bourgogne, Philippe le bon, avec une femme d’une lignée Flamande. Croisement d'influence de style avec l'Italie qui aura son apogée avec Rubens. Un grand mouvement se fera sentir de Bruges, les draperies. Anvers avec Les bijoux, Saint Omer jouera un rôle important. Tout reste en lien avec les villes drapantes qui déclinent au 17 ème siècle.    Au musée Jeanne Devos je me suis concentré sur les broderies ; j’ai réalisé des photogrammes en cyanotypies et découvert le grenier. Au musée de Cassel, les splendeurs du maniérisme en Flandre donnent un aperçu de la vivacité des échanges entre le sud, le nord, également avec l'orient, là où tout commence. A Loon plage, le jeu dans toute sa Splendeur ; à Beauvoorde, le bucolique et sa part au rêve. Pour la ville d’Hondschoote, nous sommes au cœur de la révolution française. Ce territoire de Flandre possède une incroyable richesse. On comprend qu’il y ait une volonté de fouiller ce patrimoine, de creuser l’âme de cette terre.    Des associations se retrouvent pour apprendre/enseigner cette langue : le Flamand, comme à Rubrouck. Cela me fait penser aux regroupements de rhétorique à la renaissance et aux confréries. Les signes visibles du passage des membres de la confrérie se retrouvent par exemple sur le pignon d'une maison avec des figurines qui montrent des visages de face aux expressions toutes différentes.    Par cet maison Coussemaker   Je reviens vers Edmont de Coussemaker, celui qui, grâce à la musique populaire, s'est tourné vers les racines du peuple Flamand coupé de sa source : ses racines linguistiques et sa langue. Il a embrassé l'une et l'autre dans l'unité du son en tissant des liens indestructibles entre elles. En janvier 1853, il écrit : « les derniers vestiges de la civilisation flamande dans le nord sont prêt de s’engloutir dans l’oubli » créant en conséquence, le 10 avril 1853, le comité Flamand de France. Proche de Lamennais, des frères Grimm, il explora l’univers des chansons populaires et en fit un répertoire. Il est avant tout un érudit et un compositeur.   Milam Ste Mildrède    Au chevet de la chapelle sainte Mildrède, assis sur la pierre de l'arc boutant qui soutient l'édifice, je me trouve dans un lieu chargé de mystère, le vent pour murmure, le soleil d'été à son zénith, au loin le son du TGV qui me ramène par instant à la vie quotidienne. C’est comme si je me situais là, en un espace intermédiaire/frontière, entre hier et maintenant, et je me sens loin de la réalité. Deux frênes et un chêne couvrent de leurs feuillages le sol, apportent un peu de fraîcheur. Tout ici est repos. Cette chapelle est difficile à trouver et devient une récompense pour celui qui la cherche. Au pied du chêne, des herbes folles s'agitent, le vent avec le soleil les rendent plus souples. 4 arcs boutants sur les deux bas côtés soutiennent la nef d’une longueur de 13 m sur 5 m. Rien de très grand ici, tout est dépouillé, pas d'artifice ; seule, une brique jaune sableuse nous rappelle que l'étendue marine n'est pas loin. Malgré un temps magnifique et ensoleillé, le vent reste le compagnon de cet édifice, en ce lieu reclus et éloigné des hommes.    Parfaitement orientée, façade à l'ouest et à l'heure de midi, le premier août, elle commence à recevoir les rayons du soleil. C'est un porche romain avec un fronton triangulaire un peu comme la Madeleine à Paris. Elle nous accueille au bout d'une allée de deux cent mètres bordée de chênes et de frênes. Quelques fragrances lointaines de tilleul m’environnent, parfums intensifiés par la chaleur estivale. Sur le pignon, je retrouve des parties en fer forgé reprenant l'alpha et l’oméga, et sur le côté, un parking utilisé lors des célébrations, je suppose.    Sur le fronton ouest, faisant face aux pèlerins, quelques orpins ont poussé dans la pierre. 7 épilobes d'Amérique avec leurs fleurs roses dressés tels des épis s'agitent dans le vent. Lointains, les oiseaux amorcent quelques trilles. J'ai l'impression d'être dans un lieu de villégiature, un peu comme dans le jardin d’une « datcha ». Je pense à la parabole de l’enfant prodigue. Le père de l’enfant est là à attendre le retour de son fils et je me dis que c’est comme pour cette chapelle sainte Mildrède, elle attend la présence de l’homme, le retour des pèlerins mais dans la nef, tout est vide désormais. Nul doute que ce lieu fut très fréquenté, au vu des 6 grandes toiles peintes qui se trouvent dans la nef, au format de 1 m x 1 m et relatent la vie de sainte Mildrede.    Je discerne la nef intérieure en regardant à travers une grille qui sert d'aération et qui a été posée- greffée - dans la porte principale. Tout au fond de la chapelle, l’autel est ceinturé de lumière chaude et je perçois cette senteur enveloppante particulière propre aux lieux de cultes abandonnés ou peu utilisés. Un papillon tout jaune vient de passer devant moi, de la droite vers la gauche, en virevoltant. Un papillon blanc le suit de près. C'est le moment de laisser ce lieu à sa solitude et dans le repos d'une terre féconde. Je me trouve sur la commune de Millam pas loin de Watten et de Bolzelle. Pâture couverte de séneçon jacobée avec trèfles. Lieu où la vie étrangère est réelle, déliant une atmosphère de voyage, de langue ancienne, la présence de cette princesse anglaise.    Bergues : à l'entrée de la ville, tout ressemble à un paysage flamand qui s'ouvre devant moi, révélant l’image d’un livre de contes : 3 vaches dans un champ, que je vois au travers des vitres d'une laverie. Puis, je marche, traverse la route et découvre un ensemble sportif à l'abandon. 3 tilleuls au loin m'attirent ; à leur côté, quelques pins autrichiens. Ils exhalent une odeur qui me rappelle la maison de ma grand mère à Audresselles. La chaleur fait fondre la résine, dévoile une senteur bien particulière. Celle ci se mêle à la floraison de ces trois tilleuls perdus sur un stade abandonné. Ils offrent de l'ombre et du calme mais personne ne vient plus, ici, se reposer. Ils sont là, seuls, délaissés. Les arbres insérés dans leur lieu naturel trouvent leurs places et grandissent. Ici, ils ont été plantés puis oubliés. Ces lieux sportifs ne sont habités que durant de courts moments et laissent ainsi peu de place à un ancrage de la nature dans le temps et la mémoire. Les matériaux deviennent rapidement obsolètes. Les cages de football vides sur un revêtement en terre rouge semblent attendre… En allant un peu plus loin, je retrouve les fortifications de Vauban et leurs meurtrières qui défient le temps. Un Chat gris avec une queue en tire bouchon traverse la rue. Balade avec Cécile et Anne aux sources de l'Yser, la frontière flamande. Haringe petite bourgade sur le parcourt du GR où nous avons entendu le concerto pour corde et orgue de Vivaldi puis Roesebrugge, un bourg avec bateau et petit port. Retour Bollezeelle : " le tour du monde " de Didier et Flora.

Projet Frontière, 300 ans traité d'Utrecht / Printemps Eté 2013 Résidence La Flandre



« Je structure ma recherche photographique autour de la notion d’intérieur/extérieur, en tant que frontière / limite entre deux zones : urbaines, villageoises, frontalières, y intégrant l’identité d’un espace de vie et d’échanges. Pour moi, La photographie trace, du fait même de sa matière, une démarcation ; démontre que ce qu’elle représente est un instantané mais aussi un palimpseste."

Le territoire : espace transformé par la main de l’homme s’inscrit notamment en géographie, par le biais de cartes et de maps. Mais cet espace peut être de taille diverse et représente avant toute chose un endroit où l’homme appose son empreinte, bien avant d’y imposer sa nationalité, d’y définir un pays ou d’y faire flotter un drapeau. Le territoire apporte évidemment une illustration/intégration à un peuple, un village, une maison, une famille : la photographie cible un lieu de vie et devient par elle-même un territoire à part entière. J’appréhende cette notion de territoire dans le sens d’une identité culturelle, cultuelle, familiale ou sociale. Le terme de territoire implique en conséquence frontière ou limite, un fil invisible qui marque un interdit, un seuil à ne pas franchir ou a ne pas dépasser. En donnant aux images un mouvement, une dimension humaine, l’image du territoire développe l’idée d’un agencement humain mais amorce aussi le dévoilement des endroits oubliés par les hommes ; la politique, le social, le culturel et le cultuel ajoutent au terroir leurs prises de pouvoir et de positionnement. Il faut sortir de l’idée même du territoire et de la frontière pour aborder la mobilité, le dépassement et l’échange.

La frontière, no man’s land, lieu inexploré, interdit, sans main humaine ou sans vie ; lieu de garde-frontière ; passage. La fenêtre, la porte, un panneau ou un grillage démarquent ces trouées dans la contrée, ces bornes entre extérieur et intérieur. Ici, le territoire est communal ou familial plutôt que de pays différents. J’ai axé ma recherche sur un domaine intime, plus populaire. Franchir une limite, la dépasser, aller vers l’autre équivaut donc à transcender ses propres limites, ses propres interdits

Point de départ de cette résidence dans les Flandres, la ville de Bourbourg avec monsieur Edmond de Coussemaker, homme de loi proche de Liszt, Chopin, Lamennais, qui, au 19 ème siècle, a rassemblé les langues parlées du terroir lors de l'interdiction par la république du Flamand dans les campagnes ; musicologue et passionné de musique populaire, il a créé des ponts entre la Flandre et la France. Il s'installe à Bourbourg dans une maison au bord de l'Aa. Un parc classé au patrimoine historique. Une Maison telle un petit Trianon et qui maintenant est en friches. C’est le premier regard que j'ai porté sur les 300 ans de la frontière. Frontière de territoires opposés, inconnus, frontière de langues qui viennent séparer et réunir les hommes. 300 ans passés n'ont d'ailleurs pas complètement effacé ce qui est inscrit dans les racines de ces pays. Allant de Rubrouck par Bourbourg, Bergues, Bollezeele, Wormout ou encore Hondschoote, nous sommes bien en France mais l'impression que le vécu profond des habitants relève plus de la Flandre me semble évident. Le parler flamand est présent partout.

Les grandes villes ont d'abord été converties à la langue française avant que les villages ne soient touchés eux mêmes. Ce qui explique que l'on retrouve des similitudes et des coutumes réciproques entre ces régions limitrophes. L'accent du terroir est plus profondément posé sur cette langue flamande que sur l'accent dit du Nord de la France : le chti. J'ai découvert ce paysage de Flandre très particulier, des maisons en briques jaune, teinte venue de la couleur de la terre ; le paysage est plus lumineux, il y a plus de sable dans la terre et cela donne cette nuance sableuse et claire.

Vers Beauworde

Le temps qui passe n'a pas déraciné l'âme de ce territoire ; les fenêtres dans les villages marquent une limite entre le monde extérieur et intérieur, comme partout ailleurs, mais ici, dans ce terroir retiré, les fenêtres deviennent un passage, elles sont pour moi un repère qui permet d’explorer une densité, une concentration. Les rideaux tanguent lentement sur la vitre, s’entrouvrent ; un volet qui claque, une fenêtre murée, une fenêtre fermée, autant d’âmes qui murmurent et se souviennent.

La fenêtre de Patricia Rubrouck vue de la médiathèque

L'intérieur d'une maison, le grenier du musée Jeanne Devos à Wormhout, une statue de la vierge dans une graineterie à Bourbourg, voilà mes pistes d’ancrage sur ce parcours de Flandre et au sein de ce paysage : Rubens ou Corot, paysage des corps, des visages, jardins ou étendues vertes d’herbes et de fleurs.

Musée J.Devos Musée J. Devos

En explorant le patrimoine religieux, je remarque des strates de mémoires, des marques plus profondes qui s’axent autour du passage de la réforme à la contre-réforme. Luther est excommunié en 1521. Dans les Flandres, ce sont des Calvinistes qui luttent. Le pape met en place la Contre Reforme et donne puissance aux capucins et aux jésuites. Les gueux « protestants » essaient de s’imposer contre cette puissance catholique ; ils se battent, se révoltent, tuent aussi pour avoir le droit d’être libres dans leur manière d’exister.

La chaire de Rubrouck

À Englos, l'église Sainte Marie Madeleine possède une grande fresque du chœur et celle-ci a été à été marquée, taguée par des gueux. Dans les campagnes, les actes ont été beaucoup plus violents. Les gueux sont principalement iconoclastes et dynamisent indirectement la contre-réforme qui va s’imposer. Un temple protestant est érigé en 1567 à Hondschoote. Les prêches des champs (prêches des haies) impulsés par le protestantisme disparaissent. Dernier bastion soutenu par le comte d’Egmond. Tout le territoire de la Flandre est reconquis par le général espagnol Farnèse en 1580, appuyé par la contre réforme. Le Jubé dans les églises est supprimé pour que le clergé soit plus proche du peuple et la chaire est implantée dans la nef. On introduit aussi le missel, le bréviaire, la Piéta. Voici un territoire qui, malgré sa platitude géographique, contient en lui un potentiel de relief et de ténacité, de cette matière issue de ses origines et qui l’anime depuis des siècles. Tout semble silencieux mais tout est là, dissimulé peut être derrière ce temps du regard ; tout peut basculer à un moment donné ; c’est ainsi, comme s’il ne se passait rien mais il y a des mouvements de fonds ; on parle plus la langue du pays ; c’est un pays riche culturellement qui cherche à vivre de manière plus forte.

Vers Roesebrugges

Les paysages m’apparaissent ici comme ceux que peignait Corot au 19 ème siècle. Le vent vient agiter les trembles, ces mouvements évoquent la transparence du temps. Les grandes étendues des champs ont remplacé les haies, (il n’y a plus de haies ; elles ont été supprimées par la culture intensive) tout est en affinité avec l'univers pictural de Corot.

Eperlesques

Dans certaines églises, nous trouvons quelques merveilles picturales. Je pense à Rubrouck : un triptyque sur les disciples à Emmaüs en plein contre-jour à cause des vitraux en verre transparent. Il est impossible de le regarder si ce n'est en masquant la lumière perturbatrice. Flandres, lieu de rencontre qui commence au haut moyen âge avec le mariage du duc de Bourgogne, Philippe le bon, avec une femme d’une lignée Flamande. Croisement d'influence de style avec l'Italie qui aura son apogée avec Rubens. Un grand mouvement se fera sentir de Bruges, les draperies. Anvers avec Les bijoux, Saint Omer jouera un rôle important. Tout reste en lien avec les villes drapantes qui déclinent au 17 ème siècle.

Au musée Jeanne Devos je me suis concentré sur les broderies ; j’ai réalisé des photogrammes en cyanotypies et découvert le grenier. Au musée de Cassel, les splendeurs du maniérisme en Flandre donnent un aperçu de la vivacité des échanges entre le sud, le nord, également avec l'orient, là où tout commence. A Loon plage, le jeu dans toute sa Splendeur ; à Beauvoorde, le bucolique et sa part au rêve. Pour la ville d’Hondschoote, nous sommes au cœur de la révolution française. Ce territoire de Flandre possède une incroyable richesse. On comprend qu’il y ait une volonté de fouiller ce patrimoine, de creuser l’âme de cette terre.

Des associations se retrouvent pour apprendre/enseigner cette langue : le Flamand, comme à Rubrouck. Cela me fait penser aux regroupements de rhétorique à la renaissance et aux confréries. Les signes visibles du passage des membres de la confrérie se retrouvent par exemple sur le pignon d'une maison avec des figurines qui montrent des visages de face aux expressions toutes différentes.

Par cet maison Coussemaker

Je reviens vers Edmont de Coussemaker, celui qui, grâce à la musique populaire, s'est tourné vers les racines du peuple Flamand coupé de sa source : ses racines linguistiques et sa langue. Il a embrassé l'une et l'autre dans l'unité du son en tissant des liens indestructibles entre elles. En janvier 1853, il écrit : « les derniers vestiges de la civilisation flamande dans le nord sont prêt de s’engloutir dans l’oubli » créant en conséquence, le 10 avril 1853, le comité Flamand de France. Proche de Lamennais, des frères Grimm, il explora l’univers des chansons populaires et en fit un répertoire. Il est avant tout un érudit et un compositeur.

Milam Ste Mildrède

Au chevet de la chapelle sainte Mildrède, assis sur la pierre de l'arc boutant qui soutient l'édifice, je me trouve dans un lieu chargé de mystère, le vent pour murmure, le soleil d'été à son zénith, au loin le son du TGV qui me ramène par instant à la vie quotidienne. C’est comme si je me situais là, en un espace intermédiaire/frontière, entre hier et maintenant, et je me sens loin de la réalité. Deux frênes et un chêne couvrent de leurs feuillages le sol, apportent un peu de fraîcheur. Tout ici est repos. Cette chapelle est difficile à trouver et devient une récompense pour celui qui la cherche. Au pied du chêne, des herbes folles s'agitent, le vent avec le soleil les rendent plus souples. 4 arcs boutants sur les deux bas côtés soutiennent la nef d’une longueur de 13 m sur 5 m. Rien de très grand ici, tout est dépouillé, pas d'artifice ; seule, une brique jaune sableuse nous rappelle que l'étendue marine n'est pas loin. Malgré un temps magnifique et ensoleillé, le vent reste le compagnon de cet édifice, en ce lieu reclus et éloigné des hommes.

Parfaitement orientée, façade à l'ouest et à l'heure de midi, le premier août, elle commence à recevoir les rayons du soleil. C'est un porche romain avec un fronton triangulaire un peu comme la Madeleine à Paris. Elle nous accueille au bout d'une allée de deux cent mètres bordée de chênes et de frênes. Quelques fragrances lointaines de tilleul m’environnent, parfums intensifiés par la chaleur estivale. Sur le pignon, je retrouve des parties en fer forgé reprenant l'alpha et l’oméga, et sur le côté, un parking utilisé lors des célébrations, je suppose.

Sur le fronton ouest, faisant face aux pèlerins, quelques orpins ont poussé dans la pierre. 7 épilobes d'Amérique avec leurs fleurs roses dressés tels des épis s'agitent dans le vent. Lointains, les oiseaux amorcent quelques trilles. J'ai l'impression d'être dans un lieu de villégiature, un peu comme dans le jardin d’une « datcha ». Je pense à la parabole de l’enfant prodigue. Le père de l’enfant est là à attendre le retour de son fils et je me dis que c’est comme pour cette chapelle sainte Mildrède, elle attend la présence de l’homme, le retour des pèlerins mais dans la nef, tout est vide désormais. Nul doute que ce lieu fut très fréquenté, au vu des 6 grandes toiles peintes qui se trouvent dans la nef, au format de 1 m x 1 m et relatent la vie de sainte Mildrede.

Je discerne la nef intérieure en regardant à travers une grille qui sert d'aération et qui a été posée- greffée - dans la porte principale. Tout au fond de la chapelle, l’autel est ceinturé de lumière chaude et je perçois cette senteur enveloppante particulière propre aux lieux de cultes abandonnés ou peu utilisés. Un papillon tout jaune vient de passer devant moi, de la droite vers la gauche, en virevoltant. Un papillon blanc le suit de près. C'est le moment de laisser ce lieu à sa solitude et dans le repos d'une terre féconde. Je me trouve sur la commune de Millam pas loin de Watten et de Bolzelle. Pâture couverte de séneçon jacobée avec trèfles. Lieu où la vie étrangère est réelle, déliant une atmosphère de voyage, de langue ancienne, la présence de cette princesse anglaise.

Bergues : à l'entrée de la ville, tout ressemble à un paysage flamand qui s'ouvre devant moi, révélant l’image d’un livre de contes : 3 vaches dans un champ, que je vois au travers des vitres d'une laverie. Puis, je marche, traverse la route et découvre un ensemble sportif à l'abandon. 3 tilleuls au loin m'attirent ; à leur côté, quelques pins autrichiens. Ils exhalent une odeur qui me rappelle la maison de ma grand mère à Audresselles. La chaleur fait fondre la résine, dévoile une senteur bien particulière. Celle ci se mêle à la floraison de ces trois tilleuls perdus sur un stade abandonné. Ils offrent de l'ombre et du calme mais personne ne vient plus, ici, se reposer. Ils sont là, seuls, délaissés. Les arbres insérés dans leur lieu naturel trouvent leurs places et grandissent. Ici, ils ont été plantés puis oubliés. Ces lieux sportifs ne sont habités que durant de courts moments et laissent ainsi peu de place à un ancrage de la nature dans le temps et la mémoire. Les matériaux deviennent rapidement obsolètes. Les cages de football vides sur un revêtement en terre rouge semblent attendre… En allant un peu plus loin, je retrouve les fortifications de Vauban et leurs meurtrières qui défient le temps. Un Chat gris avec une queue en tire bouchon traverse la rue. Balade avec Cécile et Anne aux sources de l'Yser, la frontière flamande. Haringe petite bourgade sur le parcourt du GR où nous avons entendu le concerto pour corde et orgue de Vivaldi puis Roesebrugge, un bourg avec bateau et petit port. Retour Bollezeelle : " le tour du monde " de Didier et Flora.



Flandres001.jpg
flandres002.jpg
flandres003.jpg
flandres004.jpg
flandres005.jpg
flandres007.jpg
flandres008.jpg
flandres010.jpg
flandres012.jpg
flandres013.jpg
flandres015.jpg
flandres017.jpg
flandres018.jpg
   Projet Frontière, 300 ans traité d'Utrecht / Printemps Eté 2013 Résidence La Flandre         « Je structure ma recherche photographique autour de la notion d’intérieur/extérieur, en tant que frontière / limite entre deux zones : urbaines, villageoises, frontalières, y intégrant l’identité d’un espace de vie et d’échanges. Pour moi, La photographie trace, du fait même de sa matière, une démarcation ; démontre que ce qu’elle représente est un instantané mais aussi un palimpseste."   Le territoire : espace transformé par la main de l’homme s’inscrit notamment en géographie, par le biais de cartes et de maps. Mais cet espace peut être de taille diverse et représente avant toute chose un endroit où l’homme appose son empreinte, bien avant d’y imposer sa nationalité, d’y définir un pays ou d’y faire flotter un drapeau. Le territoire apporte évidemment une illustration/intégration à un peuple, un village, une maison, une famille : la photographie cible un lieu de vie et devient par elle-même un territoire à part entière. J’appréhende cette notion de territoire dans le sens d’une identité culturelle, cultuelle, familiale ou sociale. Le terme de territoire implique en conséquence frontière ou limite, un fil invisible qui marque un interdit, un seuil à ne pas franchir ou a ne pas dépasser. En donnant aux images un mouvement, une dimension humaine, l’image du territoire développe l’idée d’un agencement humain mais amorce aussi le dévoilement des endroits oubliés par les hommes ; la politique, le social, le culturel et le cultuel ajoutent au terroir leurs prises de pouvoir et de positionnement. Il faut sortir de l’idée même du territoire et de la frontière pour aborder la mobilité, le dépassement et l’échange.  La frontière, no man’s land, lieu inexploré, interdit, sans main humaine ou sans vie ; lieu de garde-frontière ; passage. La fenêtre, la porte, un panneau ou un grillage démarquent ces trouées dans la contrée, ces bornes entre extérieur et intérieur. Ici, le territoire est communal ou familial plutôt que de pays différents. J’ai axé ma recherche sur un domaine intime, plus populaire. Franchir une limite, la dépasser, aller vers l’autre équivaut donc à transcender ses propres limites, ses propres interdits   Point de départ de cette résidence dans les Flandres, la ville de Bourbourg avec monsieur Edmond de Coussemaker, homme de loi proche de Liszt, Chopin, Lamennais, qui, au 19 ème siècle, a rassemblé les langues parlées du terroir lors de l'interdiction par la république du Flamand dans les campagnes ; musicologue et passionné de musique populaire, il a créé des ponts entre la Flandre et la France. Il s'installe à Bourbourg dans une maison au bord de l'Aa. Un parc classé au patrimoine historique. Une Maison telle un petit Trianon et qui maintenant est en friches. C’est le premier regard que j'ai porté sur les 300 ans de la frontière. Frontière de territoires opposés, inconnus, frontière de langues qui viennent séparer et réunir les hommes. 300 ans passés n'ont d'ailleurs pas complètement effacé ce qui est inscrit dans les racines de ces pays. Allant de Rubrouck par Bourbourg, Bergues, Bollezeele, Wormout ou encore Hondschoote, nous sommes bien en France mais l'impression que le vécu profond des habitants relève plus de la Flandre me semble évident. Le parler flamand est présent partout.    Les grandes villes ont d'abord été converties à la langue française avant que les villages ne soient touchés eux mêmes. Ce qui explique que l'on retrouve des similitudes et des coutumes réciproques entre ces régions limitrophes. L'accent du terroir est plus profondément posé sur cette langue flamande que sur l'accent dit du Nord de la France : le chti. J'ai découvert ce paysage de Flandre très particulier, des maisons en briques jaune, teinte venue de la couleur de la terre ; le paysage est plus lumineux, il y a plus de sable dans la terre et cela donne cette nuance sableuse et claire.    Vers Beauworde   Le temps qui passe n'a pas déraciné l'âme de ce territoire ; les fenêtres dans les villages marquent une limite entre le monde extérieur et intérieur, comme partout ailleurs, mais ici, dans ce terroir retiré, les fenêtres deviennent un passage, elles sont pour moi un repère qui permet d’explorer une densité, une concentration. Les rideaux tanguent lentement sur la vitre, s’entrouvrent ; un volet qui claque, une fenêtre murée, une fenêtre fermée, autant d’âmes qui murmurent et se souviennent.  La fenêtre de Patricia Rubrouck vue de la médiathèque  L'intérieur d'une maison, le grenier du musée Jeanne Devos à Wormhout, une statue de la vierge dans une graineterie à Bourbourg, voilà mes pistes d’ancrage sur ce parcours de Flandre et au sein de ce paysage : Rubens ou Corot, paysage des corps, des visages, jardins ou étendues vertes d’herbes et de fleurs .    Musée J.Devos Musée J. Devos    En explorant le patrimoine religieux, je remarque des strates de mémoires, des marques plus profondes qui s’axent autour du passage de la réforme à la contre-réforme. Luther est excommunié en 1521. Dans les Flandres, ce sont des Calvinistes qui luttent. Le pape met en place la Contre Reforme et donne puissance aux capucins et aux jésuites. Les gueux « protestants » essaient de s’imposer contre cette puissance catholique ; ils se battent, se révoltent, tuent aussi pour avoir le droit d’être libres dans leur manière d’exister.    La chaire de Rubrouck    À Englos, l'église Sainte Marie Madeleine possède une grande fresque du chœur et celle-ci a été à été marquée, taguée par des gueux. Dans les campagnes, les actes ont été beaucoup plus violents. Les gueux sont principalement iconoclastes et dynamisent indirectement la contre-réforme qui va s’imposer. Un temple protestant est érigé en 1567 à Hondschoote. Les prêches des champs (prêches des haies) impulsés par le protestantisme disparaissent. Dernier bastion soutenu par le comte d’Egmond. Tout le territoire de la Flandre est reconquis par le général espagnol Farnèse en 1580, appuyé par la contre réforme. Le Jubé dans les églises est supprimé pour que le clergé soit plus proche du peuple et la chaire est implantée dans la nef. On introduit aussi le missel, le bréviaire, la Piéta. Voici un territoire qui, malgré sa platitude géographique, contient en lui un potentiel de relief et de ténacité, de cette matière issue de ses origines et qui l’anime depuis des siècles. Tout semble silencieux mais tout est là, dissimulé peut être derrière ce temps du regard ; tout peut basculer à un moment donné ; c’est ainsi, comme s’il ne se passait rien mais il y a des mouvements de fonds ; on parle plus la langue du pays ; c’est un pays riche culturellement qui cherche à vivre de manière plus forte.    Vers Roesebrugges   Les paysages m’apparaissent ici comme ceux que peignait Corot au 19 ème siècle. Le vent vient agiter les trembles, ces mouvements évoquent la transparence du temps. Les grandes étendues des champs ont remplacé les haies, (il n’y a plus de haies ; elles ont été supprimées par la culture intensive) tout est en affinité avec l'univers pictural de Corot.   Eperlesques    Dans certaines églises, nous trouvons quelques merveilles picturales. Je pense à Rubrouck : un triptyque sur les disciples à Emmaüs en plein contre-jour à cause des vitraux en verre transparent. Il est impossible de le regarder si ce n'est en masquant la lumière perturbatrice. Flandres, lieu de rencontre qui commence au haut moyen âge avec le mariage du duc de Bourgogne, Philippe le bon, avec une femme d’une lignée Flamande. Croisement d'influence de style avec l'Italie qui aura son apogée avec Rubens. Un grand mouvement se fera sentir de Bruges, les draperies. Anvers avec Les bijoux, Saint Omer jouera un rôle important. Tout reste en lien avec les villes drapantes qui déclinent au 17 ème siècle.    Au musée Jeanne Devos je me suis concentré sur les broderies ; j’ai réalisé des photogrammes en cyanotypies et découvert le grenier. Au musée de Cassel, les splendeurs du maniérisme en Flandre donnent un aperçu de la vivacité des échanges entre le sud, le nord, également avec l'orient, là où tout commence. A Loon plage, le jeu dans toute sa Splendeur ; à Beauvoorde, le bucolique et sa part au rêve. Pour la ville d’Hondschoote, nous sommes au cœur de la révolution française. Ce territoire de Flandre possède une incroyable richesse. On comprend qu’il y ait une volonté de fouiller ce patrimoine, de creuser l’âme de cette terre.    Des associations se retrouvent pour apprendre/enseigner cette langue : le Flamand, comme à Rubrouck. Cela me fait penser aux regroupements de rhétorique à la renaissance et aux confréries. Les signes visibles du passage des membres de la confrérie se retrouvent par exemple sur le pignon d'une maison avec des figurines qui montrent des visages de face aux expressions toutes différentes.    Par cet maison Coussemaker   Je reviens vers Edmont de Coussemaker, celui qui, grâce à la musique populaire, s'est tourné vers les racines du peuple Flamand coupé de sa source : ses racines linguistiques et sa langue. Il a embrassé l'une et l'autre dans l'unité du son en tissant des liens indestructibles entre elles. En janvier 1853, il écrit : « les derniers vestiges de la civilisation flamande dans le nord sont prêt de s’engloutir dans l’oubli » créant en conséquence, le 10 avril 1853, le comité Flamand de France. Proche de Lamennais, des frères Grimm, il explora l’univers des chansons populaires et en fit un répertoire. Il est avant tout un érudit et un compositeur.   Milam Ste Mildrède    Au chevet de la chapelle sainte Mildrède, assis sur la pierre de l'arc boutant qui soutient l'édifice, je me trouve dans un lieu chargé de mystère, le vent pour murmure, le soleil d'été à son zénith, au loin le son du TGV qui me ramène par instant à la vie quotidienne. C’est comme si je me situais là, en un espace intermédiaire/frontière, entre hier et maintenant, et je me sens loin de la réalité. Deux frênes et un chêne couvrent de leurs feuillages le sol, apportent un peu de fraîcheur. Tout ici est repos. Cette chapelle est difficile à trouver et devient une récompense pour celui qui la cherche. Au pied du chêne, des herbes folles s'agitent, le vent avec le soleil les rendent plus souples. 4 arcs boutants sur les deux bas côtés soutiennent la nef d’une longueur de 13 m sur 5 m. Rien de très grand ici, tout est dépouillé, pas d'artifice ; seule, une brique jaune sableuse nous rappelle que l'étendue marine n'est pas loin. Malgré un temps magnifique et ensoleillé, le vent reste le compagnon de cet édifice, en ce lieu reclus et éloigné des hommes.    Parfaitement orientée, façade à l'ouest et à l'heure de midi, le premier août, elle commence à recevoir les rayons du soleil. C'est un porche romain avec un fronton triangulaire un peu comme la Madeleine à Paris. Elle nous accueille au bout d'une allée de deux cent mètres bordée de chênes et de frênes. Quelques fragrances lointaines de tilleul m’environnent, parfums intensifiés par la chaleur estivale. Sur le pignon, je retrouve des parties en fer forgé reprenant l'alpha et l’oméga, et sur le côté, un parking utilisé lors des célébrations, je suppose.    Sur le fronton ouest, faisant face aux pèlerins, quelques orpins ont poussé dans la pierre. 7 épilobes d'Amérique avec leurs fleurs roses dressés tels des épis s'agitent dans le vent. Lointains, les oiseaux amorcent quelques trilles. J'ai l'impression d'être dans un lieu de villégiature, un peu comme dans le jardin d’une « datcha ». Je pense à la parabole de l’enfant prodigue. Le père de l’enfant est là à attendre le retour de son fils et je me dis que c’est comme pour cette chapelle sainte Mildrède, elle attend la présence de l’homme, le retour des pèlerins mais dans la nef, tout est vide désormais. Nul doute que ce lieu fut très fréquenté, au vu des 6 grandes toiles peintes qui se trouvent dans la nef, au format de 1 m x 1 m et relatent la vie de sainte Mildrede.    Je discerne la nef intérieure en regardant à travers une grille qui sert d'aération et qui a été posée- greffée - dans la porte principale. Tout au fond de la chapelle, l’autel est ceinturé de lumière chaude et je perçois cette senteur enveloppante particulière propre aux lieux de cultes abandonnés ou peu utilisés. Un papillon tout jaune vient de passer devant moi, de la droite vers la gauche, en virevoltant. Un papillon blanc le suit de près. C'est le moment de laisser ce lieu à sa solitude et dans le repos d'une terre féconde. Je me trouve sur la commune de Millam pas loin de Watten et de Bolzelle. Pâture couverte de séneçon jacobée avec trèfles. Lieu où la vie étrangère est réelle, déliant une atmosphère de voyage, de langue ancienne, la présence de cette princesse anglaise.    Bergues : à l'entrée de la ville, tout ressemble à un paysage flamand qui s'ouvre devant moi, révélant l’image d’un livre de contes : 3 vaches dans un champ, que je vois au travers des vitres d'une laverie. Puis, je marche, traverse la route et découvre un ensemble sportif à l'abandon. 3 tilleuls au loin m'attirent ; à leur côté, quelques pins autrichiens. Ils exhalent une odeur qui me rappelle la maison de ma grand mère à Audresselles. La chaleur fait fondre la résine, dévoile une senteur bien particulière. Celle ci se mêle à la floraison de ces trois tilleuls perdus sur un stade abandonné. Ils offrent de l'ombre et du calme mais personne ne vient plus, ici, se reposer. Ils sont là, seuls, délaissés. Les arbres insérés dans leur lieu naturel trouvent leurs places et grandissent. Ici, ils ont été plantés puis oubliés. Ces lieux sportifs ne sont habités que durant de courts moments et laissent ainsi peu de place à un ancrage de la nature dans le temps et la mémoire. Les matériaux deviennent rapidement obsolètes. Les cages de football vides sur un revêtement en terre rouge semblent attendre… En allant un peu plus loin, je retrouve les fortifications de Vauban et leurs meurtrières qui défient le temps. Un Chat gris avec une queue en tire bouchon traverse la rue. Balade avec Cécile et Anne aux sources de l'Yser, la frontière flamande. Haringe petite bourgade sur le parcourt du GR où nous avons entendu le concerto pour corde et orgue de Vivaldi puis Roesebrugge, un bourg avec bateau et petit port. Retour Bollezeelle : " le tour du monde " de Didier et Flora.

Projet Frontière, 300 ans traité d'Utrecht / Printemps Eté 2013 Résidence La Flandre



« Je structure ma recherche photographique autour de la notion d’intérieur/extérieur, en tant que frontière / limite entre deux zones : urbaines, villageoises, frontalières, y intégrant l’identité d’un espace de vie et d’échanges. Pour moi, La photographie trace, du fait même de sa matière, une démarcation ; démontre que ce qu’elle représente est un instantané mais aussi un palimpseste."

Le territoire : espace transformé par la main de l’homme s’inscrit notamment en géographie, par le biais de cartes et de maps. Mais cet espace peut être de taille diverse et représente avant toute chose un endroit où l’homme appose son empreinte, bien avant d’y imposer sa nationalité, d’y définir un pays ou d’y faire flotter un drapeau. Le territoire apporte évidemment une illustration/intégration à un peuple, un village, une maison, une famille : la photographie cible un lieu de vie et devient par elle-même un territoire à part entière. J’appréhende cette notion de territoire dans le sens d’une identité culturelle, cultuelle, familiale ou sociale. Le terme de territoire implique en conséquence frontière ou limite, un fil invisible qui marque un interdit, un seuil à ne pas franchir ou a ne pas dépasser. En donnant aux images un mouvement, une dimension humaine, l’image du territoire développe l’idée d’un agencement humain mais amorce aussi le dévoilement des endroits oubliés par les hommes ; la politique, le social, le culturel et le cultuel ajoutent au terroir leurs prises de pouvoir et de positionnement. Il faut sortir de l’idée même du territoire et de la frontière pour aborder la mobilité, le dépassement et l’échange.

La frontière, no man’s land, lieu inexploré, interdit, sans main humaine ou sans vie ; lieu de garde-frontière ; passage. La fenêtre, la porte, un panneau ou un grillage démarquent ces trouées dans la contrée, ces bornes entre extérieur et intérieur. Ici, le territoire est communal ou familial plutôt que de pays différents. J’ai axé ma recherche sur un domaine intime, plus populaire. Franchir une limite, la dépasser, aller vers l’autre équivaut donc à transcender ses propres limites, ses propres interdits

Point de départ de cette résidence dans les Flandres, la ville de Bourbourg avec monsieur Edmond de Coussemaker, homme de loi proche de Liszt, Chopin, Lamennais, qui, au 19 ème siècle, a rassemblé les langues parlées du terroir lors de l'interdiction par la république du Flamand dans les campagnes ; musicologue et passionné de musique populaire, il a créé des ponts entre la Flandre et la France. Il s'installe à Bourbourg dans une maison au bord de l'Aa. Un parc classé au patrimoine historique. Une Maison telle un petit Trianon et qui maintenant est en friches. C’est le premier regard que j'ai porté sur les 300 ans de la frontière. Frontière de territoires opposés, inconnus, frontière de langues qui viennent séparer et réunir les hommes. 300 ans passés n'ont d'ailleurs pas complètement effacé ce qui est inscrit dans les racines de ces pays. Allant de Rubrouck par Bourbourg, Bergues, Bollezeele, Wormout ou encore Hondschoote, nous sommes bien en France mais l'impression que le vécu profond des habitants relève plus de la Flandre me semble évident. Le parler flamand est présent partout.

Les grandes villes ont d'abord été converties à la langue française avant que les villages ne soient touchés eux mêmes. Ce qui explique que l'on retrouve des similitudes et des coutumes réciproques entre ces régions limitrophes. L'accent du terroir est plus profondément posé sur cette langue flamande que sur l'accent dit du Nord de la France : le chti. J'ai découvert ce paysage de Flandre très particulier, des maisons en briques jaune, teinte venue de la couleur de la terre ; le paysage est plus lumineux, il y a plus de sable dans la terre et cela donne cette nuance sableuse et claire.

Vers Beauworde

Le temps qui passe n'a pas déraciné l'âme de ce territoire ; les fenêtres dans les villages marquent une limite entre le monde extérieur et intérieur, comme partout ailleurs, mais ici, dans ce terroir retiré, les fenêtres deviennent un passage, elles sont pour moi un repère qui permet d’explorer une densité, une concentration. Les rideaux tanguent lentement sur la vitre, s’entrouvrent ; un volet qui claque, une fenêtre murée, une fenêtre fermée, autant d’âmes qui murmurent et se souviennent.

La fenêtre de Patricia Rubrouck vue de la médiathèque

L'intérieur d'une maison, le grenier du musée Jeanne Devos à Wormhout, une statue de la vierge dans une graineterie à Bourbourg, voilà mes pistes d’ancrage sur ce parcours de Flandre et au sein de ce paysage : Rubens ou Corot, paysage des corps, des visages, jardins ou étendues vertes d’herbes et de fleurs.

Musée J.Devos Musée J. Devos

En explorant le patrimoine religieux, je remarque des strates de mémoires, des marques plus profondes qui s’axent autour du passage de la réforme à la contre-réforme. Luther est excommunié en 1521. Dans les Flandres, ce sont des Calvinistes qui luttent. Le pape met en place la Contre Reforme et donne puissance aux capucins et aux jésuites. Les gueux « protestants » essaient de s’imposer contre cette puissance catholique ; ils se battent, se révoltent, tuent aussi pour avoir le droit d’être libres dans leur manière d’exister.

La chaire de Rubrouck

À Englos, l'église Sainte Marie Madeleine possède une grande fresque du chœur et celle-ci a été à été marquée, taguée par des gueux. Dans les campagnes, les actes ont été beaucoup plus violents. Les gueux sont principalement iconoclastes et dynamisent indirectement la contre-réforme qui va s’imposer. Un temple protestant est érigé en 1567 à Hondschoote. Les prêches des champs (prêches des haies) impulsés par le protestantisme disparaissent. Dernier bastion soutenu par le comte d’Egmond. Tout le territoire de la Flandre est reconquis par le général espagnol Farnèse en 1580, appuyé par la contre réforme. Le Jubé dans les églises est supprimé pour que le clergé soit plus proche du peuple et la chaire est implantée dans la nef. On introduit aussi le missel, le bréviaire, la Piéta. Voici un territoire qui, malgré sa platitude géographique, contient en lui un potentiel de relief et de ténacité, de cette matière issue de ses origines et qui l’anime depuis des siècles. Tout semble silencieux mais tout est là, dissimulé peut être derrière ce temps du regard ; tout peut basculer à un moment donné ; c’est ainsi, comme s’il ne se passait rien mais il y a des mouvements de fonds ; on parle plus la langue du pays ; c’est un pays riche culturellement qui cherche à vivre de manière plus forte.

Vers Roesebrugges

Les paysages m’apparaissent ici comme ceux que peignait Corot au 19 ème siècle. Le vent vient agiter les trembles, ces mouvements évoquent la transparence du temps. Les grandes étendues des champs ont remplacé les haies, (il n’y a plus de haies ; elles ont été supprimées par la culture intensive) tout est en affinité avec l'univers pictural de Corot.

Eperlesques

Dans certaines églises, nous trouvons quelques merveilles picturales. Je pense à Rubrouck : un triptyque sur les disciples à Emmaüs en plein contre-jour à cause des vitraux en verre transparent. Il est impossible de le regarder si ce n'est en masquant la lumière perturbatrice. Flandres, lieu de rencontre qui commence au haut moyen âge avec le mariage du duc de Bourgogne, Philippe le bon, avec une femme d’une lignée Flamande. Croisement d'influence de style avec l'Italie qui aura son apogée avec Rubens. Un grand mouvement se fera sentir de Bruges, les draperies. Anvers avec Les bijoux, Saint Omer jouera un rôle important. Tout reste en lien avec les villes drapantes qui déclinent au 17 ème siècle.

Au musée Jeanne Devos je me suis concentré sur les broderies ; j’ai réalisé des photogrammes en cyanotypies et découvert le grenier. Au musée de Cassel, les splendeurs du maniérisme en Flandre donnent un aperçu de la vivacité des échanges entre le sud, le nord, également avec l'orient, là où tout commence. A Loon plage, le jeu dans toute sa Splendeur ; à Beauvoorde, le bucolique et sa part au rêve. Pour la ville d’Hondschoote, nous sommes au cœur de la révolution française. Ce territoire de Flandre possède une incroyable richesse. On comprend qu’il y ait une volonté de fouiller ce patrimoine, de creuser l’âme de cette terre.

Des associations se retrouvent pour apprendre/enseigner cette langue : le Flamand, comme à Rubrouck. Cela me fait penser aux regroupements de rhétorique à la renaissance et aux confréries. Les signes visibles du passage des membres de la confrérie se retrouvent par exemple sur le pignon d'une maison avec des figurines qui montrent des visages de face aux expressions toutes différentes.

Par cet maison Coussemaker

Je reviens vers Edmont de Coussemaker, celui qui, grâce à la musique populaire, s'est tourné vers les racines du peuple Flamand coupé de sa source : ses racines linguistiques et sa langue. Il a embrassé l'une et l'autre dans l'unité du son en tissant des liens indestructibles entre elles. En janvier 1853, il écrit : « les derniers vestiges de la civilisation flamande dans le nord sont prêt de s’engloutir dans l’oubli » créant en conséquence, le 10 avril 1853, le comité Flamand de France. Proche de Lamennais, des frères Grimm, il explora l’univers des chansons populaires et en fit un répertoire. Il est avant tout un érudit et un compositeur.

Milam Ste Mildrède

Au chevet de la chapelle sainte Mildrède, assis sur la pierre de l'arc boutant qui soutient l'édifice, je me trouve dans un lieu chargé de mystère, le vent pour murmure, le soleil d'été à son zénith, au loin le son du TGV qui me ramène par instant à la vie quotidienne. C’est comme si je me situais là, en un espace intermédiaire/frontière, entre hier et maintenant, et je me sens loin de la réalité. Deux frênes et un chêne couvrent de leurs feuillages le sol, apportent un peu de fraîcheur. Tout ici est repos. Cette chapelle est difficile à trouver et devient une récompense pour celui qui la cherche. Au pied du chêne, des herbes folles s'agitent, le vent avec le soleil les rendent plus souples. 4 arcs boutants sur les deux bas côtés soutiennent la nef d’une longueur de 13 m sur 5 m. Rien de très grand ici, tout est dépouillé, pas d'artifice ; seule, une brique jaune sableuse nous rappelle que l'étendue marine n'est pas loin. Malgré un temps magnifique et ensoleillé, le vent reste le compagnon de cet édifice, en ce lieu reclus et éloigné des hommes.

Parfaitement orientée, façade à l'ouest et à l'heure de midi, le premier août, elle commence à recevoir les rayons du soleil. C'est un porche romain avec un fronton triangulaire un peu comme la Madeleine à Paris. Elle nous accueille au bout d'une allée de deux cent mètres bordée de chênes et de frênes. Quelques fragrances lointaines de tilleul m’environnent, parfums intensifiés par la chaleur estivale. Sur le pignon, je retrouve des parties en fer forgé reprenant l'alpha et l’oméga, et sur le côté, un parking utilisé lors des célébrations, je suppose.

Sur le fronton ouest, faisant face aux pèlerins, quelques orpins ont poussé dans la pierre. 7 épilobes d'Amérique avec leurs fleurs roses dressés tels des épis s'agitent dans le vent. Lointains, les oiseaux amorcent quelques trilles. J'ai l'impression d'être dans un lieu de villégiature, un peu comme dans le jardin d’une « datcha ». Je pense à la parabole de l’enfant prodigue. Le père de l’enfant est là à attendre le retour de son fils et je me dis que c’est comme pour cette chapelle sainte Mildrède, elle attend la présence de l’homme, le retour des pèlerins mais dans la nef, tout est vide désormais. Nul doute que ce lieu fut très fréquenté, au vu des 6 grandes toiles peintes qui se trouvent dans la nef, au format de 1 m x 1 m et relatent la vie de sainte Mildrede.

Je discerne la nef intérieure en regardant à travers une grille qui sert d'aération et qui a été posée- greffée - dans la porte principale. Tout au fond de la chapelle, l’autel est ceinturé de lumière chaude et je perçois cette senteur enveloppante particulière propre aux lieux de cultes abandonnés ou peu utilisés. Un papillon tout jaune vient de passer devant moi, de la droite vers la gauche, en virevoltant. Un papillon blanc le suit de près. C'est le moment de laisser ce lieu à sa solitude et dans le repos d'une terre féconde. Je me trouve sur la commune de Millam pas loin de Watten et de Bolzelle. Pâture couverte de séneçon jacobée avec trèfles. Lieu où la vie étrangère est réelle, déliant une atmosphère de voyage, de langue ancienne, la présence de cette princesse anglaise.

Bergues : à l'entrée de la ville, tout ressemble à un paysage flamand qui s'ouvre devant moi, révélant l’image d’un livre de contes : 3 vaches dans un champ, que je vois au travers des vitres d'une laverie. Puis, je marche, traverse la route et découvre un ensemble sportif à l'abandon. 3 tilleuls au loin m'attirent ; à leur côté, quelques pins autrichiens. Ils exhalent une odeur qui me rappelle la maison de ma grand mère à Audresselles. La chaleur fait fondre la résine, dévoile une senteur bien particulière. Celle ci se mêle à la floraison de ces trois tilleuls perdus sur un stade abandonné. Ils offrent de l'ombre et du calme mais personne ne vient plus, ici, se reposer. Ils sont là, seuls, délaissés. Les arbres insérés dans leur lieu naturel trouvent leurs places et grandissent. Ici, ils ont été plantés puis oubliés. Ces lieux sportifs ne sont habités que durant de courts moments et laissent ainsi peu de place à un ancrage de la nature dans le temps et la mémoire. Les matériaux deviennent rapidement obsolètes. Les cages de football vides sur un revêtement en terre rouge semblent attendre… En allant un peu plus loin, je retrouve les fortifications de Vauban et leurs meurtrières qui défient le temps. Un Chat gris avec une queue en tire bouchon traverse la rue. Balade avec Cécile et Anne aux sources de l'Yser, la frontière flamande. Haringe petite bourgade sur le parcourt du GR où nous avons entendu le concerto pour corde et orgue de Vivaldi puis Roesebrugge, un bourg avec bateau et petit port. Retour Bollezeelle : " le tour du monde " de Didier et Flora.



show thumbnails